Flat tax et PFU sur les dividendes : le guide complet pour dirigeant de SASU
Le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % est souvent présenté comme la fiscalité par défaut sur les dividendes SASU. Mais selon votre taux marginal d'imposition, le barème progressif peut s'avérer plus avantageux — et la différence peut représenter plusieurs milliers d'euros.
Qu'est-ce que le PFU exactement ?
Le prélèvement forfaitaire unique (PFU), instauré par la loi de finances 2018 et communément appelé "flat tax", est un taux global de 31,4 % appliqué sur les revenus du capital — dont les dividendes. Il se décompose en deux parties :
- 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu (IR)
- 18,6 % au titre des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité)
Ce taux s'applique sur le montant brut des dividendes distribués, sans abattement, dès le premier euro. Il est prélevé à la source l'année de la distribution par votre établissement bancaire, puis régularisé lors de votre déclaration annuelle de revenus (formulaire 2042).
Pour un dirigeant de SASU, les dividendes sont le principal mécanisme de sortie d'argent de la société — sans charges sociales, contrairement à la rémunération. Le PFU rend cet arbitrage particulièrement attractif dès lors que votre taux marginal d'imposition est de 30 % ou plus.
Comment le PFU s'applique concrètement
Supposons que votre SASU dégage un résultat net après IS de 60 000 €. Vous décidez de distribuer la totalité en dividendes. Voici ce qui se passe :
- Dividendes bruts distribués : 60 000 €
- PFU de 31,4 % : 18 840 €
- Dividendes nets perçus : 42 000 €
Le taux effectif global sur votre chiffre d'affaires est en réalité bien plus faible, car l'IS a déjà été payé en amont (15 % sur les premiers 42 500 €, puis 25 % au-delà). Le PFU s'applique uniquement sur ce qui sort de la société — pas sur le CA brut.
Le PFU n'est pas obligatoire. Vous pouvez choisir, chaque année, d'opter pour le barème progressif de l'IR à la place — et cet arbitrage peut valoir plusieurs milliers d'euros selon votre situation.
PFU ou barème progressif : la question clé
L'option pour le barème progressif présente un avantage fondamental : elle ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes. Concrètement, seuls 60 % de vos dividendes sont intégrés dans votre revenu imposable, puis soumis à votre taux marginal d'imposition.
En revanche, au barème, vous perdez la flat tax à 12,8 % sur l'IR pour payer votre TMI réel. Les prélèvements sociaux restent à 18,6 % dans les deux cas — mais une fraction de la CSG (6,8 %) devient déductible de votre revenu imposable l'année suivante, ce qui procure un léger avantage supplémentaire au barème.
La règle de décision est simple : si votre TMI est à 11 % ou 0 %, le barème progressif avec abattement 40 % est presque toujours meilleur que le PFU à 31,4 %. Si votre TMI est à 30 % ou plus, le PFU est en général préférable.
Tableau comparatif : PFU vs barème progressif selon le TMI
Exemple sur 50 000 € de dividendes bruts distribués. On compare la fiscalité totale (IR + prélèvements sociaux) selon l'option choisie et le TMI du foyer fiscal.
| TMI du foyer | PFU 31,4% IR 12,8% + PS 18,6% |
Barème progressif TMI × 60% + PS 18,6% |
Écart | Option optimale |
|---|---|---|---|---|
| 0 % | 15 000 € | 8 600 € | − 6 400 € | Barème |
| 11 % | 15 000 € | 11 900 € | − 3 100 € | Barème |
| 30 % | 15 000 € | 17 600 € | + 2 600 € | PFU |
| 41 % | 15 000 € | 20 800 € | + 5 800 € | PFU |
| 45 % | 15 000 € | 22 100 € | + 7 100 € | PFU |
Calculs sur 50 000 € de dividendes bruts. Le barème inclut l'abattement de 40 % (base imposable : 30 000 €). PS = 18,6 % dans les deux cas. La déductibilité partielle de la CSG (6,8 %) au barème a été intégrée dans le calcul du barème progressif.
Pourquoi le point de bascule est à 30 % de TMI
Au barème, le taux effectif sur les dividendes est approximativement : TMI × 60 % + 18,6 %. Pour que le PFU (31,4 %) soit préférable, il faut que ce calcul dépasse 30 %, soit :
TMI × 60 % + 18,6 % > 31,4 % → TMI > 21,3 %
Le point de bascule théorique se situe donc autour de 21 %, ce qui correspond aux foyers dont le TMI est au-dessus de la tranche à 11 % mais pas encore à 30 %. En pratique, la plupart des dirigeants de SASU qui se versent un salaire et des dividendes se retrouvent en TMI 30 %, rendant le PFU clairement optimal.
Le cas particulier : dividendes comme seule source de revenus
Certains dirigeants de SASU choisissent de ne se verser aucun salaire et de vivre uniquement de dividendes. Dans ce cas, votre revenu fiscal de référence est constitué principalement de ces dividendes. Si le montant est modéré — par exemple 40 000 € de dividendes pour un foyer d'une personne — votre TMI peut rester à 11 % ou même 0 %.
Dans cette configuration, opter pour le barème progressif peut économiser 2 000 à 5 000 € d'impôt par rapport au PFU. La contrepartie : vous ne cotisez pas pour la retraite ni pour les arrêts maladie, puisque vous n'avez pas de rémunération de gérant.
C'est pour cette raison que le scénario le plus courant chez les dirigeants de SASU optimisés consiste à se verser un salaire minimum — suffisant pour valider des trimestres de retraite et ouvrir des droits à la maladie — puis à compléter avec des dividendes soumis au PFU.
L'impact sur votre déclaration de revenus
Techniquement, le PFU est prélevé à la source lors du versement des dividendes. Lors de votre déclaration annuelle (formulaire 2042-C), vous pouvez soit confirmer l'application du PFU, soit cocher la case d'option pour le barème progressif. Cette option s'applique à l'ensemble de vos revenus mobiliers — pas seulement aux dividendes de votre SASU.
Si vous avez d'autres revenus de capital (intérêts, plus-values mobilières), l'option globale pour le barème peut avoir des effets inattendus. Il est donc important de simuler l'impact global sur votre foyer fiscal avant de cocher la case.
Le scénario optimal pour un dirigeant de SASU
En pratique, la stratégie la plus répandue parmi les dirigeants de SASU à fort CA suit ce schéma :
- Salaire minimum pour valider ses droits sociaux (typiquement 1 SMIC ou légèrement au-dessus), déductible de l'IS de la société.
- Dividendes au PFU pour le reste de la rémunération souhaitée, sans charges sociales supplémentaires.
- Mise en réserve dans la société de ce qui n'est pas distribué, pour investir ou capitaliser à l'IS (15-25 %) plutôt qu'à l'IR (30-45 %).
Comparé à une rémunération 100 % en salaire, ce schéma permet généralement de gagner 8 à 15 % de revenu net supplémentaire à CA équivalent — parfois davantage selon le montant distribué et la situation fiscale du foyer.
Ce qu'il faut retenir
La flat tax PFU à 31,4 % est l'option par défaut et elle est optimale dans la grande majorité des cas pour les dirigeants de SASU dont le TMI est de 30 % ou plus. Mais ce n'est pas une règle absolue :
- Si votre TMI est à 0 % ou 11 %, le barème progressif avec abattement 40 % est presque toujours préférable.
- L'option est globale pour toute l'année fiscale — elle s'applique à tous vos revenus mobiliers.
- Le choix optimal dépend aussi de votre situation familiale, des autres revenus du foyer, et de l'utilisation de l'abattement de 40 %.
- Le vrai levier n'est pas seulement PFU vs barème : c'est le ratio salaire/dividendes qui détermine votre revenu net global.
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