Salaire ou dividendes en SASU : le calcul complet
La vraie question n'est pas "salaire ou dividendes" — c'est dans quelle proportion. En SASU, les deux leviers ont des structures fiscales radicalement différentes, et le bon dosage dépend de votre CA, de vos besoins personnels et de votre taux marginal d'imposition. Voici le calcul complet.
Pourquoi la question est mal posée
Beaucoup de dirigeants de SASU posent la question en termes binaires : salaire ou dividendes ? Ce n'est pas la bonne grille de lecture. En pratique, la quasi-totalité des stratégies optimales combinent les deux — et le vrai travail consiste à trouver la proportion qui maximise votre revenu net après toutes charges, en tenant compte de votre situation personnelle.
La raison pour laquelle cette proportion change selon les profils tient à la structure radicalement différente des deux modes de rémunération en SASU.
Les deux mécanismes en détail
Le salaire : des charges élevées, mais une assiette réduite
En SASU, le président est assimilé-salarié. Chaque euro de salaire brut versé génère environ 75 à 82 % de charges sociales (cotisations patronales + salariales cumulées). Pour vous verser 3 000 € net, la société débourse autour de 5 500 à 6 000 €.
L'avantage : le salaire est une charge déductible de l'IS. Verser un salaire réduit le résultat imposable de la société, et donc l'IS. En outre, chaque euro de salaire vous ouvre des droits sociaux : retraite du régime général, indemnités journalières, assurance chômage partielle via la GSC, etc.
Les dividendes : la flat tax à 31,4 % (PFU)
Les dividendes sont prélevés sur le résultat net après IS. Ils ne génèrent aucune cotisation sociale en SASU — c'est la différence fondamentale avec l'EURL. Ils sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux.
Ce taux flat s'applique quel que soit votre taux marginal d'IR. Un dirigeant à TMI 45 % y gagne fortement. Un dirigeant à TMI 11 % peut avoir intérêt à opter pour le barème progressif avec l'abattement de 40 % — mais c'est un cas minoritaire pour les freelances tech à CA significatif.
La double imposition salaire/dividendes est un mythe mal compris. Ce n'est pas "payer deux fois" — c'est choisir à quel stade la valeur est prélevée, et à quel taux.
Simulation à 120 000 € de CA : 3 scénarios
Prenons Pierre, consultant tech en SASU, 120 000 € de CA HT, 12 000 € de charges de fonctionnement (logiciels, assurance RC Pro, téléphone, déplacements). Résultat avant rémunération : 108 000 €. IS calculé au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà.
Hypothèse fiscale personnelle : Pierre est célibataire, TMI à 30 %, sans autres revenus significatifs.
| Poste | Scénario A Tout salaire |
Scénario B Mixte 50/50 |
Scénario C Surtout dividendes |
|---|---|---|---|
| CA HT | 120 000 € | 120 000 € | 120 000 € |
| Charges fonctionnement | 12 000 € | 12 000 € | 12 000 € |
| Salaire brut versé | 70 000 € | 35 000 € | 12 000 € |
| Charges sociales (~80 % du brut) | 56 000 € | 28 000 € | 9 600 € |
| Salaire net perçu | ~39 200 € | ~19 600 € | ~6 720 € |
| Résultat avant IS | −38 000 € (0 €) | 33 000 € | 86 400 € |
| IS payé | 0 € | 4 950 € | 17 475 € |
| Résultat net distribuable | 0 € | 28 050 € | 68 925 € |
| Dividendes bruts distribués | 0 € | 28 050 € | 68 925 € |
| PFU 31,4 % sur dividendes | 0 € | 8 415 € | 20 678 € |
| Dividendes nets perçus | 0 € | 19 635 € | 48 248 € |
| IR sur salaire net (TMI 30 %) | ~5 400 € | ~1 200 € | 0 € |
| Revenu net total disponible | ~33 800 € | ~38 035 € | ~54 968 € |
| Taux de récupération sur CA | ~28 % | ~32 % | ~46 % |
Estimations simplifiées. L'IS est calculé à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà. L'IR sur salaire est approximé après abattement 10 % (plafonné), sans tenir compte du quotient familial. Les charges sociales réelles varient selon le niveau de rémunération et la caisse de retraite.
Le point de bascule : quand le mixte devient optimal
Le scénario C semble nettement supérieur en revenu net immédiat. Mais il cache une nuance importante : Pierre a besoin de liquidités personnelles pour vivre. À 6 720 € net de salaire annuel (soit 560 € par mois), le scénario "surtout dividendes" suppose soit une trésorerie personnelle préalable, soit une distribution de dividendes en cours d'année — ce qui nécessite une clôture d'exercice ou des acomptes.
En pratique, la stratégie la plus efficace pour un freelance à 120k de CA est souvent la suivante :
- Se verser un salaire couvrant ses besoins courants — généralement entre 2 000 € et 3 500 € net/mois selon le profil.
- Laisser le solde dans la société jusqu'à la clôture de l'exercice.
- Distribuer des dividendes une fois le résultat connu, après paiement de l'IS — typiquement au printemps suivant.
Ce rythme annuel permet de maximiser le recours au PFU tout en maintenant une rémunération mensuelle régulière. C'est le scénario B ajusté : salaire modéré + dividendes annuels importants.
L'impact du taux marginal d'IR
Si votre TMI est à 11 % (faibles revenus annexes, début d'activité), le PFU à 31,4 % est désavantageux. Vous pouvez opter pour le barème progressif avec l'abattement de 40 % sur dividendes : l'imposition effective peut tomber sous 15 %. Ce choix s'exerce case par case sur votre déclaration annuelle.
À TMI 30 % — le cas de la majorité des freelances tech à 80–150k de CA — le PFU est généralement optimal. L'abattement de 40 % au barème vous amènerait à imposer 60 % de vos dividendes à 30 %, soit 18 % effectifs contre 12,8 % avec le PFU. Le PFU gagne.
À TMI 41 % ou 45 %, le PFU est clairement le meilleur choix. Le différentiel avec une imposition progressive est maximal.
L'impact sur la trésorerie de la société
Un point souvent négligé : chaque euro de salaire brut versé est une sortie immédiate de trésorerie pour la société — cotisations patronales comprises. À l'inverse, les bénéfices laissés dans la société ne supportent que l'IS (15–25 %) et restent disponibles pour investir ou constituer un matelas de sécurité.
Pour un freelance qui veut construire un patrimoine depuis sa société (contrat de capitalisation, SCPI en société, obligations), maintenir une trésorerie élevée dans la SASU est souvent plus rentable que d'optimiser le revenu personnel à court terme. C'est tout l'enjeu de l'arbitrage long terme.
Ce qu'il faut retenir
- En SASU, les dividendes ne génèrent aucune cotisation sociale — c'est l'avantage décisif par rapport à l'EURL.
- Le PFU à 31,4 % est optimal dès que votre TMI atteint 30 %. En dessous, le barème progressif avec abattement de 40 % peut être plus avantageux.
- La stratégie la plus efficace à 120k de CA : salaire modéré (2 000–3 000 € net/mois) + dividendes annuels post-IS.
- Le taux de récupération réel varie de 28 % (tout salaire) à 46 % (dividendes maximaux) sur 120k de CA — un écart de 21 000 € net annuels.
- L'arbitrage dépend aussi de vos besoins personnels, de votre situation de foyer fiscal et de vos objectifs patrimoniaux à moyen terme.
Votre situation est unique.
Ces calculs sont des ordres de grandeur. Un diagnostic complet modélise votre situation réelle — CA, charges, objectifs, fiscalité personnelle — pour vous donner une réponse chiffrée sur votre cas précis.
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