Votre vrai taux de récupération en freelance : combien gardez-vous réellement ?
Votre chiffre d'affaires affiché et ce que vous touchez réellement en net sont deux choses très différentes. Entre IS, cotisations sociales, IR et TVA non récupérable, un freelance en SASU à 120 000 € de CA conserve en réalité entre 43 et 55 % de son CA en revenu personnel net — selon la façon dont il organise sa rémunération. Voici comment calculer votre taux de récupération et les leviers pour l'améliorer.
Qu'est-ce que le taux de récupération ?
Le taux de récupération mesure la part de votre chiffre d'affaires hors taxes qui atterrit effectivement dans votre poche en net d'impôts et de charges. C'est l'indicateur qui compte vraiment, bien plus que le CA brut affiché sur LinkedIn ou votre TJM.
La formule est simple :
Taux de récupération = Revenu net personnel annuel ÷ CA HT annuel × 100
Par "revenu net personnel", on entend ce que vous recevez réellement sur votre compte bancaire personnel après tous les prélèvements : salaire net après cotisations, dividendes après flat tax ou IR, le tout diminué de l'impôt sur le revenu de votre foyer. Pas les provisions ni la trésorerie qui reste dans la société.
La cascade de prélèvements à comprendre
Pour saisir pourquoi le taux de récupération est souvent inférieur aux attentes, il faut visualiser la séquence complète des prélèvements depuis votre CA HT jusqu'à votre net personnel.
1. Les charges d'exploitation de la société
Avant même de parler de rémunération ou d'impôt, votre société supporte ses propres charges : comptable (1 500 à 3 000 €/an), assurance RC Pro, abonnements, matériel, loyer si applicable. Sur 120 000 € de CA, comptez en moyenne 8 000 à 15 000 € de charges réelles selon votre activité — soit 7 à 12 % du CA partis avant tout calcul d'optimisation.
2. Votre rémunération brute et les cotisations sociales
En SASU, le président associé unique est assimilé-salarié. Si vous vous versez un salaire brut de 36 000 €, les cotisations patronales et salariales représentent environ 70 à 80 % du brut au total (charges patronales ≈ 45 % du brut + charges salariales ≈ 22 % du brut). Résultat : pour 36 000 € de salaire brut, la société débourse ~52 000 € (charges patronales incluses) et vous touchez ~28 000 € net.
3. L'impôt sur les sociétés (IS)
Sur le bénéfice restant après salaires et charges, la SASU paie l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. C'est sur ce bénéfice net d'IS que vous pouvez distribuer des dividendes.
4. La flat tax sur les dividendes
Les dividendes distribués sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux). Sur 40 000 € de dividendes bruts, vous touchez donc 27 440 € net.
5. L'impôt sur le revenu résiduel
Votre salaire net s'ajoute à vos autres revenus du foyer et passe au barème de l'IR. Selon votre TMI (taux marginal d'imposition), de 11 à 41 %, une tranche supplémentaire est prélevée. Avec un salaire net de 28 000 € et aucun autre revenu, l'IR est limité (TMI 11 %) — mais si votre conjoint travaille aussi, la note peut grimper.
Le tableau comparatif : taux de récupération à 80k, 120k et 180k€ de CA
Ces simulations reposent sur un scénario d'arbitrage mixte optimisé en SASU : salaire annuel brut de 2 000 € par mois (pour maintenir les droits sociaux), le reste en dividendes après IS. Charges d'exploitation estimées à 10 % du CA.
| Indicateur | 80 000 € CA | 120 000 € CA | 180 000 € CA |
|---|---|---|---|
| CA HT | 80 000 € | 120 000 € | 180 000 € |
| Charges d'exploitation (10 %) | –8 000 € | –12 000 € | –18 000 € |
| Salaire brut versé | 24 000 € | 24 000 € | 24 000 € |
| Charges patronales (~45 % du brut) | –10 800 € | –10 800 € | –10 800 € |
| Bénéfice avant IS | 37 200 € | 73 200 € | 127 200 € |
| IS payé (15 % / 25 %) | –5 580 € | –16 755 € | –32 550 € |
| Dividendes distribuables | 31 620 € | 56 445 € | 94 650 € |
| Flat tax 31,4 % sur dividendes | –9 486 € | –16 934 € | –28 395 € |
| Dividendes nets perçus | 22 134 € | 39 511 € | 66 255 € |
| Salaire net perçu (~78 % du brut) | 18 720 € | 18 720 € | 18 720 € |
| IR sur salaire net (foyer seul, TMI ~11 %) | –1 100 € | –1 100 € | –1 100 € |
| Revenu net personnel total | 39 754 € | 57 131 € | 83 875 € |
| Taux de récupération | ~50 % | ~48 % | ~47 % |
Lecture du tableau : le taux de récupération diminue légèrement à mesure que le CA augmente, car une part croissante du bénéfice bascule dans la tranche à 25 % d'IS. À 80 000 € de CA, l'intégralité du bénéfice ou presque tient dans la tranche à 15 %, ce qui explique le taux légèrement supérieur.
Pourquoi votre taux réel peut s'écarter de ces simulations
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Plusieurs facteurs peuvent faire varier votre taux dans un sens ou dans l'autre.
À la baisse : un salaire plus élevé (par exemple 60 000 € brut annuel) génère beaucoup plus de cotisations et augmente l'IR. Un TMI à 30 ou 41 % (foyer avec deux revenus) ampute le revenu net personnel. Des charges d'exploitation élevées (locaux, sous-traitance) réduisent le bénéfice distribuable.
À la hausse : optimiser les charges déductibles légitimes (formation, matériel, véhicule), profiter du taux réduit d'IS à 15 % en maintenant le bénéfice sous 42 500 €, ou choisir le barème progressif sur les dividendes si votre TMI est à 0 ou 11 % (l'abattement de 40 % sur les dividendes peut alors être très favorable).
Les 3 leviers principaux pour améliorer votre taux
Levier 1 — Optimiser l'arbitrage salaire / dividendes
Il n'existe pas de ratio universel. Le bon équilibre dépend de votre TMI, de votre situation familiale et de vos droits sociaux cibles. En règle générale, un salaire brut annuel entre 24 000 et 36 000 € couvre les droits à la retraite et aux indemnités journalières, sans déclencher une charge sociale disproportionnée. Le reste en dividendes à 31,4 % de flat tax est souvent plus efficace.
Levier 2 — Optimiser la structure juridique au bon moment
Au-delà de 150 000 € de CA avec une trésorerie qui s'accumule, une holding peut permettre de faire remonter les dividendes à quasi 0 % d'impôt (régime mère-fille : 95 % d'exonération). La capitalisation se fait alors dans la holding à l'IS de 15–25 %, sans déclencher la flat tax personnelle. Ce n'est pas la solution à 80 000 €, mais ça change tout à 200 000 €.
Levier 3 — Utiliser l'épargne fiscalement avantageuse
Un versement sur un Plan d'Épargne Retraite (PER) depuis votre revenu personnel réduit votre base IR. À TMI 30 %, chaque 10 000 € versé sur un PER économise 3 000 € d'IR. Ces sommes ne sont pas "perdues" : elles constituent votre retraite. C'est une façon d'améliorer votre taux de récupération à court terme tout en construisant votre patrimoine.
Ce qu'il faut retenir
Le taux de récupération réel d'un freelance en SASU se situe généralement entre 44 et 52 % du CA HT selon le CA, la structure des charges et l'arbitrage rémunération. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi — c'est la réalité fiscale d'un dirigeant d'entreprise bien structuré. Mais c'est un nombre que vous devez connaître précisément pour piloter vos décisions.
- Le taux de récupération = revenu net personnel ÷ CA HT. Calculez-le chaque année.
- Les principaux postes de prélèvement : charges patronales, IS, flat tax 31,4 %, IR résiduel.
- À 80k€, le taux oscille autour de 50 % ; à 120k€, autour de 47–48 % ; à 180k€, autour de 46–47 %.
- Les 3 leviers d'amélioration : arbitrage salaire/dividendes, structure juridique adaptée, épargne retraite.
- Un écart de 5 points sur le taux de récupération représente 6 000 € de différence sur un CA de 120 000 €.
Votre situation est unique.
Ces calculs sont des ordres de grandeur. Un diagnostic complet modélise votre situation réelle — CA, charges, objectifs, fiscalité personnelle — pour vous donner une réponse chiffrée sur votre taux de récupération actuel et les leviers d'amélioration disponibles.
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